Le paradoxe Microsoft : l’Europe a des alternatives… mais pas encore de plateforme

Le paradoxe Microsoft : l’Europe a des alternatives… mais pas encore de plateforme

Cet article s’appuie sur les propos recueillis auprès de Benjamin André, Directeur stratégique de Twake chez LINAGORA.


Au dernier FOSDEM à Bruxelles, Benjamin André (Directeur stratégique de Twake, pour LINAGORA) a partagé un constat qui dérange : l’Europe n’a jamais eu autant de solutions numériques collaboratives de qualité… et pourtant sa dépendance à Microsoft 365 ne cesse de se renforcer. Comment expliquer ce paradoxe ? Pourquoi l’argument du “il n’y a pas d’alternatives” continue-t-il de dominer les décisions stratégiques, alors que l’écosystème open source et européen a atteint une maturité inédite ? La réponse ne se situe pas uniquement dans la technologie, mais dans la façon dont nous pensons, ou plutôt ne pensons pas encore, la notion de plateforme de travail.

 

1. Une dépendance devenue critique

La dépendance européenne à Microsoft 365 n’est plus seulement un sujet technique ou budgétaire. Elle est devenue stratégique, industrielle et profondément politique.

Au fil des années, la suite collaborative de Microsoft s’est installée au cœur des usages quotidiens : messagerie, documents, réunions à distance, partage de fichiers, organisation du travail. Cette omniprésence a créé un effet d’enfermement progressif. Plus l’écosystème est imbriqué dans les pratiques internes, plus il devient difficile, financièrement, techniquement et humainement, d’en sortir. Les migrations ne sont plus perçues comme des projets, mais comme des risques.

Ce verrouillage ne pose pas uniquement une question de coûts. Il interroge aussi la souveraineté des données, soumises à des cadres juridiques extraterritoriaux, ainsi que la capacité des organisations européennes à maîtriser leurs outils numériques sur le long terme. Les feuilles de route produits, les choix d’intégration et les orientations technologiques sont décidés ailleurs, tout en structurant durablement les systèmes d’information locaux.

Microsoft 365 est ainsi devenu une infrastructure de fait. Et face à cette situation, une phrase revient inlassablement dans les appels d’offres et les réunions stratégiques : “Il n’y a pas d’alternative.” Vraiment ?

 

2. Des alternatives mûres… mais fragmentées

Si l’on observe chaque besoin séparément, le paysage a profondément changé. L’Europe et l’écosystème open source disposent aujourd’hui de solutions robustes pour la messagerie, la visioconférence, l’édition collaborative de documents ou encore le partage de fichiers. Ces outils ont gagné en ergonomie, en performance et en capacité de déploiement à grande échelle. Ils ne sont plus expérimentaux ; ils sont utilisés en production dans des contextes exigeants.

À cette dynamique s’ajoute un accélérateur majeur : l’intelligence artificielle. L’IA redistribue les cartes en permettant à des équipes plus petites d’intégrer rapidement de nouvelles fonctionnalités avancées. Là où la taille était autrefois un avantage décisif, elle peut devenir un frein lorsque les architectures sont trop lourdes et les cycles d’évolution trop lents. L’écart fonctionnel entre les grandes suites propriétaires et les alternatives se réduit donc bien plus vite qu’on ne l’imagine.

Et pourtant, malgré cette maturité, les décisions basculent rarement. La raison est simple : un ensemble de bons outils ne constitue pas automatiquement une plateforme de travail cohérente. Les solutions existent, mais elles sont encore trop souvent perçues (et parfois conçues) comme des briques indépendantes. Elles cohabitent plus qu’elles ne coopèrent.

C’est là en vérité que le discours du “il n’y a pas d’alternative” trouve encore un terrain fertile. Non pas parce que les outils sont insuffisants, mais parce qu’ils ne forment pas encore un tout lisible et intégré aux yeux des décideurs.

 

3. Le vrai verrou : l’absence d’orchestration

Une erreur d’analyse fréquente consiste à penser qu’un simple SSO suffit à transformer un ensemble d’applications en plateforme. En réalité, relier des outils par une authentification commune ne crée pas une expérience de travail unifiée. On obtient un catalogue de services, pas un environnement intégré. La force des grandes plateformes tient moins à la qualité isolée de chaque brique qu’à leur orchestration. Les identités, les droits, les notifications, les documents et les flux de travail circulent de manière fluide d’un service à l’autre. L’utilisateur n’a pas le sentiment de changer d’outil en permanence ; il évolue dans un continuum.

Sans cette couche d’orchestration, les alternatives paraissent plus fragmentées, donc plus complexes à déployer à grande échelle. C’est précisément ce constat qui a nourri la réflexion présentée au FOSDEM 2026 par Benjamin André pour LINAGORA et Samuel Paccoud, directeur de La Suite numérique portée par la DINUM. À partir des travaux d’intégration de La Suite au sein de l’environnement Twake, une idée a émergé : ce qui manque à l’écosystème n’est pas une nouvelle application, mais un standard d’orchestration.

Open Buro naît de cette conviction. L’objectif n’est pas de créer une énième plateforme propriétaire, mais de poser les bases d’un standard ouvert permettant à des services indépendants de s’assembler pour former une véritable workplace cohérente. Chaque brique peut continuer d’exister, d’innover et d’évoluer de manière autonome, tout en s’inscrivant dans un cadre commun d’intégration et d’interopérabilité fonctionnelle.

La démarche s’accompagne d’une volonté de gouvernance ouverte, portée par une fondation, afin d’éviter toute captation par un acteur unique. L’ambition est comparable à celle des standards du web : créer un espace partagé où des acteurs différents peuvent construire ensemble, au lieu de se retrouver enfermés dans des silos propriétaires.

Avec Open Buro, l’enjeu n’est donc pas de reproduire un modèle intégré fermé, mais d’inventer une alternative fédérée, interopérable et durable, capable de faire émerger un véritable écosystème européen de la workplace.

 

Conclusion

L'écosystème des alternatives à M365 est riche mais n’apporte que des réponses partielles et fragmentées. La question est désormais de savoir si nous sommes capables de collectivement orchestrer nos applications afin de fournir une "smart platform experience" au service de la productivité de nos utilisateurs.

C’est un défi collectif qui dépasse les éditeurs, les intégrateurs et les administrations pris isolément. Il suppose un nouveau standard, une gouvernance partagée et une vision de long terme de la souveraineté numérique européenne.

Le travail engagé autour d’Open Buro constitue une première étape concrète dans cette direction. La discussion, lancée au FOSDEM 2026, a déjà commencé à fédérer de nouveaux acteurs et à faire émerger des collaborations. Acteurs publics, DSI, éditeurs

La vidéo complète de l’intervention est à retrouver ici 

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